Il a fallu qu’on y travaille, Céline y a passé de longues heures, on a fait des réunions, on a suivi une formation en ligne… Voilà, c’est fait, c’est bon, l’audit est passé ! Nous avons la certification Qualiopi, délivrée au titre des actions de formation.

La certification qualité a été délivrée au titre des actions de formation.
(oui, il faut qu’on l’écrive à chaque fois)

Ca veut dire quoi au juste ?

Nous avons une reconnaissance officielle de la qualité de nos formations. Dit comme ça, c’est plutôt classe.
Concrètement, La braise a été auditée et on a rempli tous les critères. Maintenant, et jusqu’au prochain audit, on peut utiliser la “marque” Qualiopi.

Mais ça change quoi ?
A partir de 2022, les organismes de formation qui souhaitent bénéficier des fonds de formation (petit spoiler : nous, c’est notre modèle économique !) doivent être certifiés Qualiopi.

 

 

Est-ce que c’est une bonne nouvelle ?

Oui. Très pragmatiquement, ça veut dire qu’on peut continuer nos activités. Aujourd’hui, les fonds de formation représentent environ la moitié de notre chiffre d’affaire.

Si nous pouvons pratiquer le prix libre, si nous pouvons réaliser des actions non rentables, si nous pouvons offrir des conférences ici ou là, si nous pouvons prendre le temps de ré-inventer nos actions et de travailler nos postures, si nous nous permettons d’intervenir quasiment toujours à deux formateurices, si nous rémunérons le travail des personnes qui oeuvrent au sein de la coopérative… tout ça, c’est possible parce qu’à côté, on arrive à pratiquer certains tarifs, que celles et ceux qui nous sollicitent peuvent payer grâce à leurs droits à la formation.

 

Non. Ce n’est pas juste une bonne nouvelle : “chouette, notre modèle est sauvé !”. C’est quand même plus compliqué que ça :

Déjà, on en connait quelques unes (euphémisme), des petites structures qui font de la formation artisanale, où chacun·e fait tout à la fois le “face à face pédagogique”, l’administratif, la communication, le développement et la gestion, qui cessent leurs activités parce que Qualiopi, c’était de trop. Trop de travail, trop de démarches, trop de dissonances cognitives.

Ensuite, parce que ça veut dire quoi, une démarche qualité ? Comprenons-nous bien : quand on parle de démarche qualité, on ne parle pas de qualité. On parle de procédures, de documents, d’éléments de preuve, pas de qualité. On parle d’un monde normé et uniformisé, pas de qualité. On parle d’idéologie néolibérale, d’évaluation et de performance, pas de qualité.

Ce que l’on appelle “qualité”

Prenons un exemple : il faut prouver que l’on adapte nos formations aux participant·es.

C’est parfait car c’est très exactement ce que l’on fait. La braise ne vend pas des formations toutes faites, avec des powerpoints pré-établis et des contenus fixés à l’avance. On vient avec des méthodes qui permettent au gens d’exprimer des envies et des besoins, et on met ça au travail. Mais l’audit ne vient pas regarder ça.

L’auditeur – très sympathique au demeurant – nous demande si on a un programme de formation où est inscrit “tour de table des besoins” au préalable. Il nous demande de fournir des traces des échanges avec les commanditaires. Et si c’était au téléphone, on peut toujours tenir à jour un tableau répertoriant les coups de fil passés, avec la date, l’heure et le contenu de la conversation.

Ce qui compte, c’est d’avoir un papier à montrer… que l’on fasse sincèrement les choses ou pas.

Alors voilà, évidemment si on dépensé tant d’énergie pour obtenir la certification, c’est qu’on la voulait et nous sommes content·es de l’avoir. On a la satisfaction d’avoir réussi, il nous semble, à ne pas trop en faire, à ne pas dénaturer notre métier tel qu’on le conçoit.

En fait, pour le dire clairement : on pense vraiment que nos formations sont de qualité, et il est normal que l’on obtienne la certification qualité. Il y a même de bons côtés : ça nous a forcé à nous reposer la question de l’accessibilité de nos actions aux personnes en situation de handicap, par exemple. Très bien.

Mais n’oublions pas ce que ça signifie.

Pour gérer les fonds de formation, nous sommes passés des OPCA (organisme paritaire collecteur agréé, dont le nom revendique la gestion paritaire des contributions collectées) aux OPCO (opérateurs de compétences). Il y a une idéologie qui s’applique : les formations “de qualité” doivent développer les compétences des personnes. Les mots ne sont pas neutres : nous devons penser en termes d’objectifs évaluables pour les participant·es. Pour le moment, on nous autorise à pratiquer l’autoévaluation et à inclure une dimension collective dans nos objectifs.

Nous souhaitons le revendiquer. La formation professionnelle, ce n’est pas seulement les compétences et l’employabilité. Bien sûr il y a la formation aux gestes techniques des métiers, les reconversions, l’évolution des emplois auxquels il faut s’adapter. Mais il y a aussi les pas de côté, les espaces de respiration, l’invention des alternatives, le sens et la culture du métier. Non : la qualité ne rime pas nécessairement avec la performance évaluable.

 

on ne résiste pas à ce partage : conférence gesticulée de Régine Mary “Saint Iso protégez nous, la gestion par les normes”