Salut, je m’appelle Céline.

J’ai rencontré une coopérative d’éducation populaire politique pour la première fois il y a sept ou huit ans. À l’époque, salariée d’un atelier vélo, je voulais apprendre à « susciter la participation » des habitants pour qu’ils montent un atelier vélo dans leur quartier pauvre. Trois jours de formation (avec l’Orage, à Grenoble) plus tard, je revenais dans mon association, hyper motivée pour… qu’on change radicalement la manière dont les décisions étaient prises dans notre collectif ! Qui étions-nous et comment fonctionnions-nous ? Comment décidions-nous d’aller expliquer à d’autres, ailleurs, comment agir ?

Cette première formation a fortement marqué mes pratiques et mes postures. Avec d’autres, suivies ensuite, je me suis sentie renforcée dans l’idée qu’il est important d’aller au fond des choses, de les dire franco, d’appeler un chat un chat. J’ai acquis la conviction que c’est même politiquement hyper important de le faire : auprès d’élu.e.s, au sein de nos collectifs : assumer des convictions, entrer dans le rapport de force, dans le conflit.

Je me suis rapprochée de La braise dès que j’ai pu : enfin, « une coopérative d’éduc pop » en Alsace ! Lors de notre première rencontre avec Victor et Jérémie, ils m’ont proposé de participer à la première promotion du « Monte ta conf’ », c’est comme ça qu’on a commencé à travailler ensemble. De fil en aiguille, j’ai installé mon bureau chez eux et on a beaucoup échangé autour de Sonia K, qui m’a occupé ces dernière années.

L’année dernière, j’ai accepté leur proposition de devenir coopératrice ! J’ai « acheté des parts de la boîte » (c’est fou comme le mythe capitaliste fonctionne, j’adore dire ça ;o) et je dispose maintenant de 33 % des voix ! C’est l’une des premières choses qui m’a plu : avoir le pouvoir et que ce soit clair, officiel, chiffré. Pendant des années, salariée dans le monde associatif, j’ai eu énormément de pouvoir tout en ne devant pas en avoir. Dans une association, les bénévoles sont dirigeants, c’est à eux de prendre les décisions…

Dans une coopérative, le pouvoir est statutairement également réparti, c’est donc OK d’en vouloir, de décider soi-même de ce que l’on veut faire de notre force de travail. Et donc ça devient un vrai sujet : on se répartit le pouvoir, mais au-delà des statuts, où est-il vraiment ? Comment le repérer, le partager ?

Et pour le collectif, quel changement : de deux copains, on devient trois collègues, de deux hommes on devient un collectif mixte. Quel chantier, quelle autoformation ! Qu’est-ce que ça fait ? Qu’est-ce qu’on en fait ? Comment ça impacte nos métiers ? Nos activités ? Quelles dominations (de genre, de classe et plein d’autres encore) nous traversent ? Comment on anime nos propres conflits ?

Le fait qu’il s’agisse pour nous d’une vraie question me donne la sensation de me former en continu. Sur ces sujets là notamment, qui sont nos sujets de fond : conflit, démocratie, fonctionnement collectif… Mais aussi sur plein d’autres ! Les collectifs que l’on accompagne sont hyper variés. J’y découvre de nombreux métiers, des contextes et des problématiques très diverses.

Tout ce travail, doublé d’un chantier conséquent autour de la place des émotions dans la construction de nos savoirs, de nos éducations et de nos rapports au monde me permettent non seulement de me former, de m’enrichir, mais aussi de voir sous un jour nouveau des postures et des manières de faire que j’ai depuis des années. La sensibilité ne serait-elle pas uniquement un handicap ? L’envie de laisser un groupe savoir mieux que moi ce qu’il faut faire après pour avancer sur une question ne serait-elle pas la meilleure arme pour qu’il se sente compétent ?

Ce qui aujourd’hui m’enthousiasme le plus, c’est le « Monte ta conf’ », c’est un réel honneur de pouvoir être au plus près d’un tel travail de fond. Accompagner tout un groupe qui avance sur plusieurs mois, non pas dans le cadre d’une psychothérapie, mais bien dans le travail de la place que l’on a dans la société. Dominant.e, à quoi participe-t-on ? À quoi aspire-t-on ? Dominé.e ? Que subit-on ? Comment lutte-t-on ? Comment ce qui me traverse, ce qui m’émeut et me meut peut parler à d’autres ? Comment partager ce vécu, mettre des mots sur nos sentiments d’injustice, peut faire bouger le monde.

Loin d’un tract de manif, « monter une conf’ », c’est installer un regard perçant sur une problématique, pour la vie, en devenir l’analyste (forcené, malgré soi). Sentir comment ces questionnements nous façonnent, ouvrent des espaces, créent des lien, en nous, mais surtout avec d’autre, avec le monde. Être aux côtés de personnes qui font ce travail, est une chance.
C’est aussi, comme à l’intérieur d’une « promotion » d’installer en soi, en plus de son propre sujet, ceux des autres, de les laisser nous travailler en les travaillant avec eux ! Que d’échos ! Que de positionnement, que d’enrichissement !